Canalblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Yê hasra ! (La nostalgie est PLUS ce qu'elle était)
Publicité
Archives
1 septembre 2011

Les Témoins

La nostalgie de Sfax n’est pas la nostalgie « classique », celle du « terroir », c'est-à-dire d’un lieu particulier, singulier, celle d’un Du Bellay [1], par exemple : c’est, au contraire, la nostalgie d’un lieu… commun, précisément, un lieu où se mêlaient, et donc en un certain sens s’annulaient, les particularismes. La nostalgie non pas de la diversité en soi (il y a des grandes villes où coexistent sans, pratiquement, se mélanger, de très nombreuses ethnies), mais de la communauté des différences, qui est la seule véritable diversité, car quand les divers groupes ne communiquent pas, la diversité est une abstraction. Elle n’existe concrètement que dans la mesure où ces groupes ont de véritables échanges.

C’est cela, au fond, que nous avons laissé à Sfax et qui nous manque (qui manque sans doute à Sfax aussi) : cette pluralité humaine, culturelle, ces traditions qui s’enrichissaient les unes les autres, ce « malting (et non « melting » !)-pot » que j’évoquais dans un précédent message, liquide amniotique dans lequel nous baignions.

Il n’y avait pas, à Sfax, les Uns ou les Autres, les Machins ou les Trucs, mais les Uns et les Autres, les Trucs et les Machins. Sfax ignorait le « ou », cette conjonction stupide : il ne connaissait que le « et », la conjonction du bon sens, qui sait bien que tout est lié, allié !

Nous ne mesurons pas la chance que nous avons eue de naître et de grandir à Sfax, dans ce bain nourricier auquel nous devons une ouverture d’esprit et de cœur supérieure peut-être à la moyenne. La chance de ne pas voir spontanément dans l’autre, le différent, l’étranger, un danger en puissance, mais au contraire un possible salut.

Quand un chiot et un chaton sont élevés, ils échappent à la fatalité de leur antagonisme : ils deviennent copains avant de « savoir » qu’ils ne sont pas faits pour l’être ! Il y a des choses qu’il vaudrait mieux ne jamais savoir, une ignorance précieuse qu’on devrait… enseigner dès la maternelle !

Nous ne « savions » pas qu’il y avait des problèmes entre tel et tel groupe – parce que ces problèmes étaient résolus dans l’œuf –, et c’est pourquoi ils ne se posaient pas !

Je schématise, c'est-à-dire simplifie, bien sûr un peu, mais si on ne simplifiait pas, on ne comprendrait plus rien : comprendre, c’est simplifier, c'est-à-dire globaliser, passer sur le détail pour ne considérer que les grandes lignes. Il y avait bien sûr des tensions, des dissensions entre les divers groupes à Sfax, mais c’était l’exception et non la règle, des parenthèses dans le cours des choses, et non ce cours lui-même.

C’est cela que nous regrettons à travers Sfax : la symbiose des différences. Nous avons la nostalgie de l’amitié, de la fraternité entre les peuples et les religions.

Nous sommes en quelque sorte les témoins (pas les seuls, j’espère !) de la possibilité de leur coexistence positive, c'est-à-dire féconde. A ceux, beaucoup trop nombreux, qui en doutent, nous pouvons dire : cet idéal était notre réalité, une réalité bien sûr relative et imparfaite, l’imperfection étant l’essence même de la réalité.

Nous avons, nous Sfaxiens, quelque chose à dire au monde, un message à lui délivrer : les hommes sont faits pour vivre ensemble, nous le savons, nous l’avons vécu !


[1] « Quand reverrai-je hélas ! de mon petit village/Fumer la cheminée... »

Publicité
Commentaires
E
avez vous des photo de la famille guidaglia joseph et berthe picville a sfax
R
Claudia Laudicina était ma camarade de classe, à l'Institut St-Joseph. Il m'est difficile de vous en dire plus sur les Laudicina !
U
Bonjour à tous, amis sfaxiens,<br /> <br /> Né à Tunis avenue de Carthage en 42, j'ai passé à Sfax mes 6 dernières années tunisiennes avant le déchirement du départ en 57 pour un internat à Nîmes. Je suis bien sûr resté très attaché à la Tunisie et à Sfax en particulier, où j'ai mes plus beaux souvenirs de jeunesse et où j'ai eu la chance de me rendre à plusieurs reprises pour des besoins professionnels. Je visite régulièrement par internet dans le cadre de recherches généalogiques les sites qui parlent de notre belle Tunisie et souvent pour essayer de retrouver ceux avec qui j'ai partagé ces merveilleuses années sfaxiennes . Ce site que je découvre me donne une nouvelle occasion de contact dont je me réjouis.<br /> <br /> Je recherche depuis plusieurs années Guy LAUDICINA qui a été un ami très proche pendant les 3 années que nous avons partagées, de la 6ème à la 4ème, au Collège Technique de Sfax et que j’ai perdu de vue depuis mon départ en 1957.<br /> <br /> Il habitait route de Gabès, son père avait autant que je me souvienne une entreprise de maçonnerie et il avait deux sœurs, Marie-Thérèse, son aînée et Claudia, sa cadette.<br /> <br /> Son père Sauveur serait décédé en 58 selon les relevés du cimetière de Sfax que j’ai consultés: LAUDICINA Sauveur né à Sfax le 13-9-1904 décédé le 17-3-1958.<br /> <br /> <br /> <br /> Il n’y a plus de consulat de France à Sfax – ou alors il est bien caché!-, l’ambassade à Tunis ne répond pas à mes demandes, des homonymes que j’ai contactés par différents moyens n’ont pas de lien avec lui.<br /> <br /> Je désespère de pouvoir le retrouver et je sollicite donc votre aide, l’un de mes derniers espoirs de trouver une piste.<br /> <br /> Merci d’avance à tous, avec mes amitiés.<br /> <br /> Hugues (Ugo pour les amis, en hommage à mon grand-père paternel italien)
Derniers commentaires
Publicité
Newsletter
Yê hasra ! (La nostalgie est PLUS ce qu'elle était)
Publicité
Publicité
Publicité