Yê hasra ! (La nostalgie est PLUS ce qu'elle était)

01 septembre 2011

Les Témoins

La nostalgie de Sfax n’est pas la nostalgie « classique », celle du « terroir », c'est-à-dire d’un lieu particulier, singulier, celle d’un Du Bellay [1], par exemple : c’est, au contraire, la nostalgie d’un lieu… commun, précisément, un lieu où se mêlaient, et donc en un certain sens s’annulaient, les particularismes. La nostalgie non pas de la diversité en soi (il y a des grandes villes où coexistent sans, pratiquement, se mélanger, de très nombreuses ethnies), mais de la communauté des différences, qui est la seule véritable diversité, car quand les divers groupes ne communiquent pas, la diversité est une abstraction. Elle n’existe concrètement que dans la mesure où ces groupes ont de véritables échanges.

C’est cela, au fond, que nous avons laissé à Sfax et qui nous manque (qui manque sans doute à Sfax aussi) : cette pluralité humaine, culturelle, ces traditions qui s’enrichissaient les unes les autres, ce « malting (et non « melting » !)-pot » que j’évoquais dans un précédent message, liquide amniotique dans lequel nous baignions.

Il n’y avait pas, à Sfax, les Uns ou les Autres, les Machins ou les Trucs, mais les Uns et les Autres, les Trucs et les Machins. Sfax ignorait le « ou », cette conjonction stupide : il ne connaissait que le « et », la conjonction du bon sens, qui sait bien que tout est lié, allié !

Nous ne mesurons pas la chance que nous avons eue de naître et de grandir à Sfax, dans ce bain nourricier auquel nous devons une ouverture d’esprit et de cœur supérieure peut-être à la moyenne. La chance de ne pas voir spontanément dans l’autre, le différent, l’étranger, un danger en puissance, mais au contraire un possible salut.

Quand un chiot et un chaton sont élevés, ils échappent à la fatalité de leur antagonisme : ils deviennent copains avant de « savoir » qu’ils ne sont pas faits pour l’être ! Il y a des choses qu’il vaudrait mieux ne jamais savoir, une ignorance précieuse qu’on devrait… enseigner dès la maternelle !

Nous ne « savions » pas qu’il y avait des problèmes entre tel et tel groupe – parce que ces problèmes étaient résolus dans l’œuf –, et c’est pourquoi ils ne se posaient pas !

Je schématise, c'est-à-dire simplifie, bien sûr un peu, mais si on ne simplifiait pas, on ne comprendrait plus rien : comprendre, c’est simplifier, c'est-à-dire globaliser, passer sur le détail pour ne considérer que les grandes lignes. Il y avait bien sûr des tensions, des dissensions entre les divers groupes à Sfax, mais c’était l’exception et non la règle, des parenthèses dans le cours des choses, et non ce cours lui-même.

C’est cela que nous regrettons à travers Sfax : la symbiose des différences. Nous avons la nostalgie de l’amitié, de la fraternité entre les peuples et les religions.

Nous sommes en quelque sorte les témoins (pas les seuls, j’espère !) de la possibilité de leur coexistence positive, c'est-à-dire féconde. A ceux, beaucoup trop nombreux, qui en doutent, nous pouvons dire : cet idéal était notre réalité, une réalité bien sûr relative et imparfaite, l’imperfection étant l’essence même de la réalité.

Nous avons, nous Sfaxiens, quelque chose à dire au monde, un message à lui délivrer : les hommes sont faits pour vivre ensemble, nous le savons, nous l’avons vécu !


[1] « Quand reverrai-je hélas ! de mon petit village/Fumer la cheminée... »


22 avril 2011

Monsieur Charles

J'attaquais mon deuxième « fricassé » chez « Bob de Tunis » quand la porte s'ouvrit et l'homme entra. C'était un homme âgé, un peu voûté et qui avait quelque mal à marcher.

– Bonjour ! dit-il, d'une voix légèrement chevrotante, à la cantonade.
– Marhaba ! répondit Bob avec jovialité.

 Je compris alors qu'il s'agissait d'un client important, car au client ordinaire Bob disait seulement « bonjour » : commerçant dans l'âme, il réservait les « marhaba » (bienvenue, en arabe) aux meilleurs clients pour leur montrer l'importance qu'ils avaient à ses yeux.

– Comme d'habitude, Monsieur Charles ?
– Comme d'habitude, Bob, « kif mê el aadê » !
 Il aimait, comme tous les « Tunes », parler la langue du pays natal et perdu, et ne ratait pas une occasion de le faire.

« Monsieur Charles » prit place non loin de moi. Il est de toute façon difficile, chez Bob, tant c'est exigu, de s'asseoir loin de quelqu'un. Les pires ennemis sont obligés de se rapprocher le temps d'un sandwich ou d'un leblabi. Si un rapprochement doit avoir lieu un jour entre Israël et le Hamas, ce sera celui où leurs représentants auront au même moment la bonne idée de manger chez Bob.

Il enleva son manteau, dont je vis, sur la doublure, la marque : une grande. Son costume n'avait rien à envier à son manteau : du sur-mesure, à n'en pas douter. Des boutons de manchettes en or massif fermaient les manches de sa chemise, probablement en soie.

Pas de doute, cet homme était riche, et d'une richesse bien acquise, en tout cas ancienne, car il la portait aussi sur son visage racé de « grênê », c'est-à-dire de juif « livournais ». Et c’était un vrai riche, puisqu'il n'avait pas peur de frayer dans cette gargote avec la pauvreté.

Je croisai son regard. Il me sourit avec bienveillance. Il y avait autant de bonté dans ses yeux embrumés que de tristesse, de mélancolie, de nostalgie, une immense nostalgie.

La serveuse vint déposer sur la table des briks aux pommes de terre avec de la kémia, puis un « huitième « de boukha et une bouteille de « Mornag »…

– Bon appétit ! dis-je poliment au monsieur.
– Merci, monsieur, répondit-il aimablement.

Il se versa de la boukha, porta le verre à ses lèvres et se mit à… sentir. Puis il se versa du vin, qu'il se contenta, à nouveau, de flairer.

Je l'observais indiscrètement, malgré moi, un peu honteux de mon indiscrétion, mais c'était plus fort que moi.

Déposant le verre de vin inentamé, il prit une brik, la porta à son… nez et la… huma, le regard perdu sans doute dans un passé lointain. Puis la serveuse revint.
– Vous avez fini ?
– Oui.
– Ca allait ?
– Comme d'habitude !
– Je vous sers la suite…

Elle lui servit un poisson complet, vraiment complet, avec œuf, testira et tout ce qui s'ensuit. Le regard de l'homme brilla et je crus apercevoir le bout de sa langue pointer à travers ses lèvres minces.

Il découpa lentement un peu de poisson, le piqua avec sa fourchette, le plongea dans l'oeuf, la sauce tomate et latestira, puis, une fois de plus, au lieu de manger ou de boire, renifla.

Fasciné par ce spectacle singulier, je le regardais sans vergogne, en oubliant de manger. Le manège se poursuivit jusqu'à la fin du « repas ». Une gnawiyê appétissante succéda au poisson, qu'il dévora… des yeux et du nez. Puis on lui servit le dessert : un plat de pâtisseries typiques (deblê, zlêbiê, harichê…), auxquelles il fit de la même façon honneur. On lui apporta enfin un thé à la menthe et aux pignons qu'il… sentit longuement. Il fit entorse à sa règle en buvant le café – sans sucre – qui conclut cette grande bouffe… imaginaire.

N'y tenant plus, je cédai au désir qui me consumait d'éclaircir le mystère.
- Excusez-moi. Vous allez me trouver bien curieux, et vous aurez raison : je le suis terriblement. Vous n'avez rien mangé, seulement regardé et reniflé les plats : qu'est-ce que ça signifie ?

« Monsieur Charles » s'essuya la bouche – par habitude – avant de me répondre.
- Ca signifie d'abord que je suis vieux et malade – diabète, cholestérol, urée… – et que mon médecin m'interdit de manger cette nourriture-là, qui, à cause de mon état de santé, équivaut à du poison.
- Et alors ?...
- Alors, je me suis rendu compte que manger réellement n'était pas indispensable, que l'odeur et la vue des plats dont je raffole pouvait me procurer sinon un plaisir véritable, du moins un véritable ersatz de plaisir.
- Continuez…

Il but une gorgée d'eau et reprit.
- Allant plus loin, je me suis aperçu que mon plaisir venait moins de la nourriture elle-même que des sensations qu'elle réveillait : que les plats tunisiens étaient ma madeleine de Proust, que manger tunisien n'était au fond que le moyen de retrouver le temps perdu. A mon âge, on n'a plus d'avenir, même pas de présent : on n'a que son passé. A mon âge, on ne vit plus, on revit. J'ai accumulé, heureusement – c'est ma vraie richesse –, de beaux souvenirs. A moins que je les aie embellis... Mais qu'est-ce que ça change ? Vrais ou faux, ce ne sont que des souvenirs, c'est-à-dire des vues de l'esprit. Les émotions que ces souvenirs suscitent, elles, sont réelles et actuelles…

Il se leva péniblement et déplia une canne pliante que je n'avais pas remarquée.
- Où allez-vous ? ne pus-je m'empêcher de lui demander ?
- Où voulez-vous que j'aille ? Je vais manger. Manger la nourriture qui m'est permise. Il faut bien vivre. C'est ce qu'on dit et qu'on croit, car enfin nul ne vous y oblige…
- Vous avez l'air d'aimer la vie…
- C'est vrai, celle que j'ai eue. Si j'aime ma vie actuelle, c'est dans la mesure où elle me permet de revivre intérieurement ma vie antérieure. Les enfants rêvent, les vieillards aussi. Les premiers rêvent à ce qu'ils feront plus tard, les seconds à ce qu'ils ont fait plus tôt. Ce sont les adultes qui ne rêvent pas. Je n'ai jamais été adulte.
- Moi non plus, et je ne m'en porte pas plus mal, au contraire !
- Au revoir, Monsieur, me dit-il de sa voix fatiguée et douce.

Il régla et partit en m'adressant un dernier sourire.
- Au revoir, et à la prochaine ! dit Bob avec une chaleur un peu forcée.
Il se tourna vers moi.
- Mais vous n'avez presque rien mangé…
- J'ai fait mieux que ça : j'ai fait la connaissance de Monsieur Charles !

  

(Août 2009)

  

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24 décembre 2010

L'enterrement

 

 – Au fait, tu y vas ? m'a demandé mon ami Albert.

– Où ça ? ai-je… répondu, surpris.

– Mais à l'enterrement !

– Quel enterrement ? Qui est mort ?

– Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a un enterrement et que tout le monde y va : Guigui, Gagou, Nanou, Nino, Roro, Riri…, tout le monde, quoi ! Alors, tu viens ou tu viens pas ?

– Je ne suis pas invité…

– Invité ?! Depuis quand faut-il être invité pour assister à un enterrement ? Les cimetières sont publics, comme les jardins : l'entrée est libre !

– Admettons. Mais je ne peux tout de même pas aller à un enterrement sans savoir qui on enterre !...

– C'est sans importance, c'est un détail ! Qu'importe le mort, pourvu qu'on ait la pompe (funèbre), pour paraphraser Baudelaire (*). C'est une occasion de se retrouver : il n'y en a plus tellement. Tu n'as pas envie de revoir les copains ?

– Si, bien sûr, mais au… cimetière…

- Pourquoi pas ? C'est un lieu de rencontre comme un autre. Et puis, les enterrements ne sont plus ce qu'ils étaient, ils se sont modernisés eux aussi : fini le noir, les larmes, les mines… d'enterrement, les pleureuses, les « nedêbê » qui se griffaient les joues en gémissant « hêyêhê ou nedbouhê… »… Tout ça, c'est le passé. On n'enterre plus en noir et blanc mais en couleur, on ne pleure plus, on rigole (doucement, faut pas pousser !). Le nouvel enterrement, c'est presque une fête, une fête avec un bémol, une fête un peu triste, mais juste un peu. Tu vas venir, n'est-ce pas ?

– Je vais voir. Je ne te promets rien.

– Mais si, tu vas me promettre ! On va bien s'amuser, tu verras…

*


Le lendemain.

– Ah ! te voilà. J'étais sûr que tu viendrais ! Viens, on va rejoindre les copains. Tu as vu comme il fait beau ? Ca va être un bel enterrement !...

– Mais de qui ? Tu sais maintenant ?

– Non, pas plus qu'hier. Pas moyen de savoir. Ils veulent peut-être nous faire la surprise…

– Elle risque d'être mauvaise, si on connaît le disparu…

– En tout cas, je sais que c'est pas toi, et tu sais que c'est pas moi : c'est déjà ça !...

– Je crois que le fourgon arrive.

– On ne va pas être fixé pour autant : le mort arrive dans son cercueil. Ne t'inquiète pas. On va bien finir par savoir !

*

 

Le fourgon s'arrête. Le cercueil est sorti et porté par des hommes en uniforme au bord de la tombe fraîchement creusée. Un rabbin s'approche d'un monticule sur lequel il va, sans doute, faire son oraison.

– Vous savez qui est-ce ? me demande quelqu'un.

– Comment ? Vous aussi vous ne savez pas ?

– Mais non, et je ne suis pas le seul : tous les gens à qui j'ai posé la question ont réagi comme vous.

– C'est pas possible ! C'est un canular ou quoi ?

– Le rabbin va parler, m'a dit Albert, en me faisant signe de me taire.

*


– L'enterrement auquel vous assistez, messieurs-mesdames, commença le rabbin, est une première. Tout le monde, je le sais, se demande qui nous a quitté. Ce n'est pas par goût du mystère que son identité n'a pas été jusqu'ici révélée… Vous allez comprendre pourquoi.

Le rabbin se dirigea vers le cercueil.

– Vous allez savoir…

Il souleva le couvercle du cercueil, qui n'avait pas été vissé. Une femme dans l'assistance poussa un cri.

– N'ayez pas peur, dit le rabbin. Approchez-vous, vous allez voir…

Les gens échangèrent des regards inquiets. Plusieurs s'en allèrent en jasant. Mon ami Albert me prit par le bras et me poussa vers le cercueil.

– Un peu de courage : on va savoir enfin ! 

Je le suivis presque malgré moi.

Le cercueil était… vide. Plus exactement, il ne contenait que des objets et des photos grand format. La main de mon ami se resserra nerveusement sur mon bras.

– Mais ce sont des photos de Sfax ! m'exclamai-je. Regarde, c'est la municipalité, et… l'hôtel des Oliviers, et… le Casino de la plage…

– Et ça, regarde… Mais ce sont des… briks, et des fricassés !

– Il y a aussi des boîtes de conserve : une boîte d'harissa de Nabeul, une boîte de thon de Sidi-Daoud…

– Mais c'est une plaisanterie ! s'écria mon ami.

- Pas du tout, dit le rabbin, qui avait entendu. C'est au contraire très sérieux. Vous assistez, messieurs-mesdames, au premier enterrement – à ma connaissance – du passé de quelqu'un. Un homme, victime d'une nostalgie démesurée, était au bout du rouleau. Son passé avait proliféré en lui comme un cancer qui fait des métastases, débordé de sa mémoire, empiété sur sa conscience, c'est-à-dire sur son présent. Cet homme vivait littéralement au passé : c'était spirituellement un véritable fantôme, son corps seulement étant parmi nous. Sfax, la ville de Sfax, où il avait passé sa jeunesse, était devenu le centre de ses pensées. Il voyait tout à travers Sfax, c'est-à-dire ne voyait plus rien.

Il reprit son souffle et poursuivit :

– Son cas était devenu désespéré. Il a eu la chance de tomber sur un psychiatre de pointe, qui a expérimenté sur lui un traitement inédit de la « nostalgite » (la maladie des déracinés), consistant à enterrer symboliquement le passé. Pour ce médecin, la nostalgie pathologique signifie que le passage du temps n'a pas été pris en compte, mais seulement « contourné », le malade rusant avec la réalité pour ne pas admettre que ce qui a été n'est plus. C'est aujourd'hui que le traitement touche à sa fin : cet enterrement est son point culminant. Grâce à vous, qui vous êtes prêtés, malgré vous c'est vrai, à ce simulacre, notre ami (nom censuré), que vous connaissez tous bien, est sur le point de sortir d'un long tunnel, de revenir à la vie. Soyez-en remerciés.

Les hommes en uniforme refermèrent le cercueil et le descendirent avec des sangles dans le trou. Un homme sortit alors de l'ombre, s'empara d'une petite pelle et versa du sable sur la bière renfermant les symboles de son passé. Il fondit alors en larmes et ses sanglots nous déchirèrent le cœur. Mais il poursuivit courageusement sa salutaire besogne.

– A vous maintenant, mes amis ! dit-il en se tournant, les yeux rouges, vers la petite foule.


Albert et moi prîmes le relais. Cette cérémonie était aussi ridicule, vue sous un certain angle, qu'émouvante. Les larmes aux yeux, nous jetâmes quelques pelletées dans la fosse où allait s'engloutir enfin le passé de (nom censuré).

*


Nous sommes sortis le cœur chaviré de cet enterrement pas comme les autres.

– J'ai eu l'impression, en versant le sable, d'enterrer mon passé avec le sien…

– J'ai eu la même impression, a dit mon ami.

– On l'avait donc nous aussi ?

– Quoi ?

– La nostalgite.

– On l'a toujours. Tous les Sfaxiens l'ont, à des degrés divers. La différence entre lui et nous est la même que celle qu'il y a entre les petits buveurs et les alcooliques. Il a tellement forcé sur la dose qu'il a fallu user des grands moyens pour le guérir. Si nous savons nous borner, nous n'aurons pas besoin de ce remède de cheval.

– Il faudra aller un peu moins souvent chez « Bob de Tunis »…

– … et espacer sans doute nos visites au Forum sfaxien.

– Non, non, non ! Tout mais pas ça ! Je préfère encore attraper la nostalgite aiguë, je veux dire grave !

– Je t'aurai prévenu !...



(*) « Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse ! ».

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15 octobre 2010

Leblabi chez Maxim's

 

Il avait mis son plus beau costume, et elle sa plus belle robe. Ils fêtaient chaque année l'anniversaire de leur rencontre, et, cette année, le cinquième. Clin d'œil à leurs origines tunisiennes (le chiffre 5 exorcise, pour les superstitieux du Maghreb, le mauvais œil), ils avaient voulu le fêter autour de plats de leur pays natal.

Seulement voilà, il avait « réussi », il était devenu très riche, et les nouveaux riches détestent ce qui leur rappelle qu'ils ne l'ont pas toujours été ; or, les restaurants tunisiens étant très abordables, on peut y côtoyer des gens modestes : il ne pouvait donc être question de manger « tune » dans un restaurant tunisien.

En fait, il tenait à fêter cet anniversaire chez
Maxim's, un des rares restaurants qu'il jugeait dignes de son standing. Il était persuadé – l'argent donne l'illusion que tout vous est possible – qu'ils pourraient y manger un leblabi. Elle avait pouffé quand il lui avait dit ça.

– Tu as tort de rire, avait-il répondu. Tu verras…

 

*


Le maître d'hôtel du célèbre restaurant de la rue Royale leur donna une des meilleures tables. Notre ami (c'est pas vraiment le mien, mais enfin…), appelons-le Victor, reconnut un cousin qui avait fait fortune au « Sentier », et fit une moue de dégoût.

– Qu'est-ce qu'il fait là, ce « gaar »
[1] ?

Elle eut envie de lui répondre : « Et toi ? », mais, connaissant sa susceptibilité, elle se retint.

– C'est vrai qu'il n'est pas du tout à sa place !...

– Dire qu'il n'y a pas longtemps il vendait des jeans minables sur les marchés !

« Et toi, du linge de maison chez Tati ! », s'abstint-elle de lui dire.

 

*


– Ce soir, on mange tunisien ! dit Victor au maître d'hôtel souriant.

– Pardon ? dit le maître d'hôtel, perdant son sourire (comme ce n'était qu'un sourire commercial, ce n'était pas une grosse perte).

– J'ai dit que ce soir on mangeait tunisien.

– Il n'y a pas chez nous, je le crains, de plats tunisiens…

– Je ne veux pas d'assiette tunisienne : je veux un leblabi.

– Un leb… quoi ?

– Un leblabi. Vous n'allez pas me dire que vous ne savez pas ce que c'est !...

– Je… je sais bien sûr ce que c'est. Je vais aller voir s'il nous en reste.

– Prenez votre temps, on n'est pas pressé !


*




– Un leblabi ? Non, ça ne ne me dit rien ! dit le chef.

– C'est encore une lubie de ce parvenu de « tune », comme ils disent !

– C'est un très bon client, dit le directeur, appelé à la rescousse. On va essayer d'arranger ça

– Comment ? demanda le maître d'hôtel.

– On va en commander un au téléphone chez S…, (vous connaissez ? Moi, si), et puis on le présentera et servira dans l'esprit
Maxim's…

*


– Ah ! Enfin ! On commençait à s'impatienter !

– Il fallait le temps de le préparer : on ne réchauffe pas chez nous, on cuisine ! C'est pourquoi on est toujours là, un siècle après ! Le prestige, ça se mérite, vous savez !

*


– C'était quelque chose, ce leblabi, n'est-ce pas ?

– Il était très bon, en effet. Presque aussi bon que celui de S…

– S… ? Tu ne vas pas comparer
Maxim's avec S... : ça n'a rien à voir !... Mais, au fait, tu as mangé chez S… ? Tu vas dans des bouis-bouis pareils ?

– Ca m'arrive quand je ne suis pas avec toi !... C'est drôle, la kémia qui accompagne ce leblabi est exactement la même que chez S…

– Qu'est-ce que tu racontes ?! La kémia, c'est la kémia : il est normal qu'il y ait des ressemblances, c'est le contraire qui serait étonnant !

– Il n'empêche que…

– Tu sais combien je l'ai payé ce leblabi ?

– Cher, j'imagine…

– 150 euros le plat ! Celui de S…, combien tu le paies ?

– 15 €, je crois.

– Tu vois : c'est sans commune mesure ! Le leblabi de
Maxim's est dix fois meilleur que celui de S… ! Allez, on s'en va !


[1] « Gaar » : plouc, en dialecte tunisien.

 

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Le Boga cidre

Le Boga cidre, ou une question sans réponse

 

Une question importante s'est posée l'autre jour à moi, en buvant du Boga cidre, une question proprement métaphysique, c'est-à-dire vertigineuse (parce qu'elle en engendre d'autres, à l'infini) : je me suis demandé si j'aimais vraiment cette boisson. C'est-à-dire, plus généralement, si on aime vraiment ce qu'on aime, parce qu'on le trouve à son goût, ou seulement parce qu'on y est habitué. N'aurais-je pas aimé la cuisine au beurre, moi qui la déteste, si j'étais né en Normandie, dans une famille bien française, si je m'étais appelé Renaud Bellech, par exemple, et si j'avais fait ma première communion au lieu de ma bar-mitzva ? Aurais-je, le cas échéant, tant aimé l'harissa, le leblabi, la mloukhia… ? 

Dans quelle mesure a-t-on des goûts innés, des goûts propres ? Des… dégoûts naturels, on en a sans doute : enfant, je ne voulais pas entendre parler du lait. Il a fallu toute la patience et la ruse (ça va de pair) de ma grand-tante, je crois, pour que je daigne un jour absorber ce liquide nourricier.

Pour répondre à ma question, il me fallait essayer, dans la mesure où c'est possible, d' « évaluer »  le Boga cidre en faisant abstraction de tout ce qu'il peut évoquer pour moi, des souvenirs nostalgiques qu'il réveille. J'en ai acheté chez l'épicier tunisien du coin et je l'ai transvasé dans une bouteille « neutre » que j'ai mise au frigo. Je l'y ai laissée quelque temps, celui d'oublier que je l'y avais mise. Ce qui s'est effectivement produit.

Un soir de grande chaleur, où j'avais vidé ma bouteille de Coca, je me suis demandé si je n'avais pas quelque cannette de soda ou de bière, j'ai regardé, et c'est alors que je l'ai (re)vue. Je savais bien sûr ce que contenait la bouteille en verre qui me servait habituellement de carafe. Mais j'ai biaisé avec ma mémoire pour pouvoir mener mon expérience à bien. Je me suis menti à moi-même : « Tiens ! Qu'est-ce que j'ai pu mettre dans cette bouteille? C'est fou, j'ai oublié : c'est l'âge ! Bah, il suffit de goûter… » Je me suis versé un verre du liquide, toujours en essayant de faire l'impasse sur ma mémoire. Et j'ai porté le verre à mes lèvres.

Je me suis rendu compte alors que ça avait un goût très particulier, très différent de celui des sodas au « cola » ordinaires. Mais ça, je le savais déjà. La question n'était pas là : il s'agissait de savoir si ce goût était bon en soi, « dans l'absolu », si tant est, certes, qu'il y ait de l'absolu dans les goûts et les couleurs. Ce que je crois. Comment expliquer autrement le succès international du couscous, de la pizza, de la cuisine chinoise, etc. ? Je m'en suis reversé une gorgée et j'ai gardé dans ma bouche le liquide, comme font, je crois bien, les goûteurs de vin. 

C'est alors que les choses sont devenues difficiles : une multitude de souvenirs doux-amers ont commencé à jaillir du fond de ma mémoire, et impossible de les endiguer. Je me revoyais, à mon corps défendant, dégustant, chez Abouda, un sandwich arrosé de Boga cidre, déjeunant au Casino de la plage en en buvant, sirotant, en été, pendant la « qâïlê », à mon balcon, un verre de cette boisson, glacée… Il était impossible de démêler le goût de la boisson des souvenirs agréables qu'elle rameutait, comme s'ils étaient organiquement liés.

Alors j'ai compris que ma question n'avait pas de réponse, que je saurai peut-être un jour s'il y a une vie après la mort, si Dieu existe, qui a tué John Kennedy, mais jamais, jamais, à n'en pas douter, si le Boga cidre est bon dans l'absolu ou non.

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14 septembre 2010

Différences et différends

Nos différences sont des étiquettes qui servent à nous… différencier, c'est-à-dire à ne pas être confondus, et elles n’ont pas plus d’importance que des étiquettes. L’étiquette est le contenant : c’est le contenu qui prime, le contenu, c'est-à-dire l’identité. Avant d’être différents, nous sommes identiques par ce que nous avons d’essentiel : l’appartenance au genre humain.

Nous différons sur des points de détail, nous nous ressemblons, nous nous rassemblons sur les grandes lignes. C’est quand nous nous regardons de trop près que, l’arbre du détail cachant la forêt de l’ensemble, nos différences sont sources de différends : il suffit de prendre de la hauteur, c'est-à-dire de la profondeur, d’aller au fond des choses, pour voir que nous avons tous le même et qu’en partant de là, c'est-à-dire en les relativisant, nos différences ne demandent qu’à composer.

Vues sous cet angle, c'est-à-dire à la bonne distance, les différences non seulement n’engendrent pas la haine, mais, c’est leur raison d’être, elles génèrent la curiosité, l’intérêt, l’attrait, l’amour !

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08 septembre 2010

Les lunettes noires

J'ai pris mes dernières vacances en Tunisie. La nostalgie est, comme toutes les choses de ce monde, sujette à l'usure, et a besoin d'entretien : les souvenirs, comme les vêtements, quand on les utilise trop souvent, défraîchissent, et il faut, de temps à temps, les rafraîchir pour les empêcher de sombrer dans la nuit de l'oubli. Il faut de temps en temps faire un pèlerinage au pays dont on a le mal pour garder ce mal – qui nous fait tant de bien – en bonne santé.

J'avais pour voisins dans l'avion un vieux monsieur et un jeune homme, le grand-père et son petit-fils probablement. Ils parlaient de la Tunisie. Le jeune homme s'y rendait pour la première fois et il paraissait tout émoustillé à l'idée de voir enfin en réalité le pays de rêve dont son grand-père avait dû lui rebattre les oreilles. Le grand-père, lui, était songeur et triste. Parce qu'il allait revoir son passé, c'est-à-dire sa jeunesse, prendre la mesure du temps passé, de son âge, toucher du doigt que sa vie était derrière lui et sa mort pas loin devant.

Et pourtant il y allait quand même, et pas seulement pour accompagner son petit-fils, par devoir ou par amour : il avait, je le lisais dans ses yeux, envie d'y aller. Il savait, il se doutait au moins, qu'il allait souffrir, et il y allait néanmoins. La nostalgie serait-elle une forme de masochisme ? N'est-ce pas, tout simplement, que la souffrance est la contrepartie nécessaire de la joie, que la joie a la profondeur de la peine qui la sous-tend ? Les amateurs de piment fort, dont je suis, savent bien que le plaisir qu'il procure ne va pas sans… douleur, en tout cas gêne : brûlure de la langue, du palais, nez qui coule, yeux rouges, cuir chevelu moite… Les vrais masochistes ne sont pas les nostalgiques mais les petits malins qui en évitant tout ce qui n'est pas pur plaisir passent à côté des grandes joies de l'existence.

Le garçon feuilletait un livre sur la Tunisie, posant de-ci, de là des questions à son « papy » (un y à la place d'un a suffit à changer un être en ancêtre), qui prenait toujours le temps de répondre, fouillant visiblement dans l'armoire de sa mémoire dont j'entendais presque les tiroirs s'ouvrir et se refermer. Il ne répondait pas seulement pour étancher la curiosité de son petit-fils ; les questions de ce dernier étaient l'occasion, pour lui, de replonger dans ses années folles, ce qui lui faisait manifestement plaisir : le temps d'un souvenir, il redevenait le jeune homme qu'il avait été et qu'il ne se consolait pas de ne plus être.

Les échanges, discontinus mais fréquents, des deux personnes me détournèrent opportunément de mon mal de l'air, ou, plus exactement, de ma peur de l'avion, que les inévitables « trous d'air » transforment en affolement. Sans l'angoisse, qui l'allonge, le temps est plus court. Plus vite que je ne m'y attendais, une voix doucereuse nous annonça que l'avion commençait sa descente sur l'aéroport de Sfax (je me suis toujours demandé à quelle distance de l'aéroport commençait cette descente…). Le vieillard boucla sa ceinture et conseilla au jeune homme d'en faire autant.

Le golfe de Gabès venait d'apparaître dans le hublot quand l'homme prit un petit sac qui devait contenir les documents nécessaires au voyage et en sortit des lunettes, des lunettes noires, je veux dire opaques ou presque : on ne devait pas voir grand-chose à travers. Ma curiosité piquée, je ne pus m'empêcher de le questionner :

 - Vous avez les yeux hypersensibles au soleil ?
 Il se tourna vers moi.
 - Non, pas spécialement.
 - Mais alors, ne pus-je m'empêcher de demander, pourquoi ces lunettes avec lesquelles vous ne devez rien voir ou presque ?
 Il me regarda avec intensité.
 - Pour ne rien voir, justement.

La réponse, pour le moins surprenante, me laissa coi. Je dus déglutir avant de poursuivre.
 - Mais pourquoi voyagez-vous si vous ne voulez pas voir le pays où vous vous rendez ?
 - Qui vous a dit que je ne voulais pas le voir ? Je ne veux seulement pas
tout voir, mais seulement ce qui m'intéresse, c'est-à-dire ce qui n'a pas changé, ce qui est resté, grosso modo, tel que je l'avais connu.
 - … ?

J'étais sans voix. Mon étonnement semblait l'amuser secrètement. Il reprit.
 - Je ne voyage pas dans l'espace mais dans le temps. Mon retour aux sources est un retour dans le passé. Je ne vais pas revoir mon pays natal, mais ma jeunesse. Je fais ce voyage dans un état pour ainsi dire second, comme dans un rêve. Et pour ne pas me réveiller, j'évite tout ce qui pourrait me rappeler le présent. Le touriste ordinaire connaît les lieux à voir : moi les lieux à ne pas regarder.

Ne trouvant rien à lui dire, je me tus jusqu'à l'atterrissage de l'avion. Il m'aurait été, du reste, difficile de converser encore car j'avais l'estomac noué à la perspective de l'atterrissage (qu'ai-je fait de lire un jour que l'atterrissage est la phase la plus dangereuse du vol : on devrait interdire ce genre de lectures aux angoissés).

L'avion s'immobilisa et les passagers commencèrent à descendre. Il y avait, comme toujours, ceux qui se levaient les premiers et se ruaient vers la sortie, comme s'il y avait le feu, ceux qui sont toujours impatients de sortir ou d'entrer, ceux qui ne savent pas attendre, patienter, c'est-à-dire les modernes. Etre moderne, c'est être pressé. Si, en plus, on est stressé, on est ultramoderne. La vie moderne, c'est pas une vie !

L'homme chaussa (*) lentement ses lunettes, puis se leva. Comme elles le rendaient presque aveugle, son petit-fils le guidait en lui donnant le bras.

- De mon temps, dit-il, en se tournant vers moi, l'aéroport de Sfax n'existait pas : il n'y avait qu'un minuscule aérodrome. C'est pourquoi j'ai mis mes lunettes. Je les garderai dans le car qui nous conduira à l'hôtel, parce qu'on m'a dit que Sfax s'est étendu sur sa périphérie et que ses faubourgs sont devenus méconnaissables. J'ôterai mes lunettes quand on arrivera à l'hôtel…
 - Lequel ? ai-je demandé, pressentant la réponse. L'hôtel des Oliviers ?
 - J'aurais bien voulu, mais on l'a agrandi : il n'a plus de l'ancien que la façade. Je ne le reconnaîtrai pas.
 - Alors, où ? Tous les hôtels ont été rénovés depuis le temps…
 - Presque tous…
 - Lequel n'a pas changé ?
 - Un petit hôtel très traditionnel, où je n'aurais jamais cru aller, mais je n'ai pas le choix.
 - Quel hôtel ?
 - Mon petit-fils connaît son nom. Je sais seulement qu'il est dans la vieille ville, celle qui a le mieux résisté au changement.
 - La vieille ville ? Vous voulez dire la ville arabe ?
 - Parfaitement. On m'a assuré que cet hôtel et sa rue sont pratiquement tels qu'ils étaient il y a 50 ans.
 - Mais vous n'allez pas passer votre séjour dans la… médina ?
 - Non, bien sûr. Je vais aller visiter quelques endroits relativement préservés. J'ai retenu une voiture…
 - Vous voulez dire un taxi ?
 - Non : une voiture hippomobile, un fiacre. Les taxis actuels sont trop modernes : ils me... réveilleraient.

J'étais si interloqué que j'en ai oublié que je devais moi aussi quitter l'avion et que je suis resté assis, regardant son dos voûté s'éloigner, au bras de son petit-fils, d'un pas incertain.
 

 

(*) Il ne les portait pourtant pas aux pieds ! La langue française a de ces bizarreries… 

 

 

René Bellaïche

 

 

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05 septembre 2010

Sabir et italien

Sabir : Parler composite mêlé d'arabe, d'italien, d'espagnol et de français parlé en Afrique du Nord et dans le Levant.

Le sabir tunisien comportait beaucoup de mots et d'expressions italiens, purs ou altérés par le mélange et l'usage. Voici ma... collection. Elle est bien sûr incomplète. Le visiteur est invité à l'enrichir !

N'étant qu'un amateur en la matière, des erreurs ou des méprises dans ce "lexique" sont probables. Merci d'avance au visiteur de me les signaler.


 

Al meno : Au moins

Asciugamano : Essuie-mains

Bagno : Bain

Balanco : Se dit d'un objet lourd et/ou encombrant.

Bartila : Chapeau

Bescoutou : Biscuit (en fait pain d'Espagne)

Blaça : Place

Bocca di dama (bouche de dame) : Nom d'un gâteau

Bottana miseria (schifosa) : Putain de la misère !

Bountou (punto ?) : Synonyme de "pique" = ressentiment, dent. ("Avoir un pique" contre quelqu'un)

Burasca : Bourrasque

Brêdkê (pratica ?) : Pratique

Canco zanco : ... Langue au chat !

Chbinchê (dispenzia ?) : Débarras

Chichtou (cesto ?) : Corbeille (à linge)

Comidia : Comédie

Comidino : Commode

Coubertê : Couverture

Coujinê (cucina) : Cuisine

Daccordo : ... OK

Diffito : Défaut

Djilat (gelati) : Glaces

Falso, falsita : Faux, fausseté

Fantasia : Vanité

Festa : Fête

Firma : Signature

Gadarobba : Garde-robe

Gileco : Gilet

Gonella : Robe ou combinaison (j'hésite)

Guanti : Gants

G’enbiel (granbiele ?) : Tablier

Kechtiliê (costilia ?) : Côtelette 

Lavamano : Lavabo

Locanda : Restaurant ?

Manicoti : "Deblê" (gâteau au miel tunisien)

Matto : Fou

Mêkinê (macchina)  Fabrique (par extension)

Mercanti : Marchand(s), à l’origine, et, par extension sans doute, riche

… Minguia ! Juron... obscène.

Mutandi : Caleçon ?

Nchoubê (acciuga) : Anchois

Orrichini : Boucles d'oreilles

Qmejê (camigia) : Chemise

Razza : Race

Riglê : Règle

Rosata : Orgeat

Rovina : Ruine

Sc(u)ola : Ecole

Siguro (sicuro ?) : Sûr

Slata (insalata ?) : Salade

Sotta sopra : Sens dessus dessous

Tacco : Talon

Timbo (tempo) : Temps

Tali quali : Du pareil au même

Taoula (tavola) : Table

Treno : Train

 

René Bellaïche

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04 septembre 2010

Au sujet des photos

Comme je le dis dans un album photo de ce blog, les photos que je publie ont été glanées ici et là, sur Internet ou ailleurs. Je ne sais pas si elles sont la propriété de quelqu'un ou de quelques-uns. En tout cas, elles ne m'appartiennent pas et mon seul mérite a été de les trouver, de les retoucher à l'occasion, et de les publier.

C'est avec plaisir que je créditerai en regard de leurs photos, s'ils se manifestent, leurs éventuels ayant-droit.

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20 août 2010

Avis aux visiteurs

Quelqu'un a laissé un commentaire étonnant et inquiétant, qu'on pourra lire à côté. Il m'oblige à mettre les choses au clair :

- L'objectif de ce blog est d'illustrer et... d'alimenter la nostalgie des anciens Sfaxiens de toutes origines et religions, dans un esprit de tolérance et de fraternité que Sfax nous a légué. Il n'y a évidemment ici de "propagande" pour aucune d'entre elles. Si ce blog cherche à propager quelque chose, c'est le respect de toutes. Mon commentateur a dû se tromper d'adresse... électronique, tant son propos est sans rapport avec le... mien.

- Les articles publiés, à l'exception de quelques-uns, dont j'indique, à la fin, l'auteur, sont tous de moi. Ils ont déjà été publiés dans la "Diaspora sfaxienne" et-ou au "Forum sfaxien". Je ne vois pas pourquoi leur publication dans ce blog, dans un blog signifierait leur dégradation, pour reprendre le terme de mon commentateur, un blog n'étant pas, que je sache, une poubelle ! Si je les publie ici, c'est dans l'espoir d'élargir quelque peu leur audience, ayant la faiblesse de croire qu'ils méritent d'être plus connus.

- Je ne vois pas non plus pourquoi les eaux plus "profondes" dans lesquelles je m'aventurerais, selon ce monsieur, seraient dangereuses. Si danger il y a, je ne fais rien en tout cas pour le provoquer, l'idéal qui m'anime étant la concorde entre les hommes. Il est vrai que cet idéal n'aide pas à faire de vieux os, Gandhi et Martin Luther King, entre autres, l'ont appris à leurs frais !

J'invite, enfin, mon commentateur à contribuer de manière plus positive à ce blog, car il a certainement des choses intéressantes à nous dire sur Sfax dont il est sans doute originaire.

 

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